Élucubrations de la cendre
Frédéric Pouchol
(extraits)

I

Qui annonce la promise
et s'autorise à porter son éclat

qu'il s'écarte cet étranger aux pieds nus
que nul n'écoute ses souvenances
et l'exil porté sur ses lèvres

que défaille au premier souffle
la rumeur de celle qui fut éclat

terrasser l'élu
et la mémoire des pays
foulés avant l'aube.

*

Ce ventre-ci qui palpite comme
un cierge d'église
pays en armes lorsqu'assailli
par ceux qui colportent l'espérance

alors boueuse de sève
luisante à coup de spasmes
de vie primitive

tu fais taire toute voix enlacée
au pied du mur

*

Suite

alors
tu devins pays belliqueux

en tant que tel
tu fus investie

ton souffle tari

et ton ventre meurtri
arraché à la terre
comme qui renverse
une tombe

*

Qu'importe que le feu gagne les champs

il est grand temps que la terre soit rasée
pour effacer toute trace de l'orage

l'heure venue l'épée abattra
non pas l'arbre que tu couves

mais le bois que tu vénères

*

suite à la guerre

tant que l'éclat des flammes prêchera
sur le flanc des collines je n'aurais
cesse d'atteindre la nervure de la guerre

ta géométrie fugace ce visage honni
frappé sur la cendre des morts

*

deuxième suite à la guerre

le feu marchera
à travers pierres et chemins
jusqu'à ce que la rumeur
de la terre fasse silence

enfin l'heure sonne
pour celui qui
tardivement
ébranlera
la cendre

et toute trace de vie
de celle pour qui on
dresse icônes et légendes.

 

II

Qui épelle le son des voix
aimées gardien du feu
ton tambourin renferme
la fumée des désastres

tu es ce qui reste de lumière
à l'ombre du soir sous les
flammes voûtées

d'autres rumeurs se dévoilent
hors du souffle de la terre
pendant que l'âtre veille
sur ses ombres

III

Je vis le Père reposer
sur la face de la lune noire

l'ombre épousait la violence
des traits taillés dans l'écorce

sa besace renfermait
une forteresse
bâtie sur les flancs
de l'étoile boréale

*

l'âme étourdie suffocant d'allégresse
non plus cernée d'espace et de temps
mais coïncidant un instant

la mémoire retourne à ses bourreaux
la minute d'après

*

Cet éclair qui ferme la nuit

et les premiers tiraillements
de la lumière

aveux initiaux de la terre

sur l'autel
l'écorce des flammes
achève les dernières ombres

*

 

 

La revue improbable N°22, septembre 2002