Réponse à un vrai lecteur de poésie
Alain Suied

Alain Suied
Le 29-IX-2000

Cher monsieur,

 

votre lettre parle du coeur de toute démarche poétique aujourd'hui: saisie dans le tourbillon du faux-semblant et de la convention aveugle - parfois avec la bénédiction de ses représentants auto-déclarés - la Poésie n'a d'autres recours que de rejoindre ses sources les plus souterraines, d'aller vers l'intime, l'imperceptible...
La langue est devenue instrument de "pouvoir" et d'aliénation: le discours est devenu (ou reste) l'erreur qui "convainc", le mensonge qui unit dans...la plus fausse des cohésions...qui se résume le plus souvent à "l'intérêt privé"...
La "parole" doit - à l'inverse- tenter d'éclairer (et quand nécessaire dénoncer?) ou du moins souligner la PERTE et l'INCONNAISSANCE, qui marquent et orientent nos destinées...
Rappel cruel mais vital.
Parole alors coulant "de source"...

La question de l'identité, en effet, est au coeur de mon travail poétique - et je dois reconnaître que chaque jour apporte sa surprise, redit l'urgence VOILÉE de cette question: ainsi récemment un article du Figaro, citant un "essai", identifie ABRAHAM et... AKHENATON!
Freud avait pu voir dans ce dernier l'inventeur d'un "monothéisme" (sous une forme "personnelle") - l'enjeu de sa thèse était bien différent alors: défaire le "fardeau" des Juifs de "représenter le Père" (tué 6 millions de fois peu après!)...
Depuis, la figure" du Pharaon a été précisée et s'écarte du "religieux" pour redevenir plus "prosaïque"...Identifier Abraham (supposé vivre à Ur!) au Pharaon, c'est donner l'identité juive et hébraïque comme ABUSIVE...lui retirer toute prétention à une origin-alité...Curieux retournement!

Très attentivement,

Alain Suied

La revue improbable N°22, septembre 2002