La honte, Celan trahi
Alain Suied

INCROYABLE MAIS VRAI: on veut nous refaire le coup du "Celan proche de Heidegger"! On évoque la rencontre du poète avec le "maître-à-penser" nazi et on veut encore inventer des liens entre ces deux aventures humaines diamétralement opposées!
Gadamer nous avait montré un (mythique) Celan "heideggerien" fascinant le philosophe par sa connaissance des fleurs de la Forêt-Noire! Et SANS PARLER A AUCUN MOMENT DE LA SHOAH...
Heidegger: qu'est-ce que "Sein und Zeit"? L'emprunt le plus osé à la pensée juive! Le philosophe occulte sa "source", la sort du champ de la culture Occidentale et la reprend sans vergogne.
L'Être et le Temps - ce sont les noms qu'il choisit pour cacher/montrer le Dieu de la GENÈSE, interlocuteur de l'Homme mais inaccesible, innommable - manque déterminant. L'homme n'a pas le Temps qui est le socle de l'
Être!
Après la Shoah, Heidegger cherche à rencontrer René CHAR, poète de la RESISTANCE et Celan - manoeuvres subtiles!
Celan a évoqué avec ses amis du Cercle Celan de JERUSALEM cette rencontre; il n'entretenait aucune illusion à ce sujet! Il avait rencontré l'antisémite allemand de base!

Aujourd'hui Fayard nous propose un ouvrage intitulé: PAUL CELAN ET MARTIN HEIDEGGER LE SENS D'UN DIALOGUE (de H.L. LANORD); d'emblée, l'utilisation des prénoms veut nous faire croire à une "proximité"! Mais surtout le mot "dialogue" est aberrant.
IL FAUT PARLER DE NON-DIALOGUE.
IL FAUT PARLER DE DÉNI DU SENS DE RENCONTRER LE POÈTE JUIF VICTIME DE LA SHOAH.

Dans les anées 80, l'université française avait fait de M. Heidegger sa référence absolue. Dans "le nouvel observateur", Bernard LOUPIAS avait évoqué mon combat - dés 71 - pour refuser l'emprise de la pensée dérobée du philosophe allemand délateur et surtout pour refuser toute interprétation Heidegggerienne de la poésie de PAUL CELAN.

En ce temps de confusion où les palestiniens détruisent le tombeau de JOSEPH pour construire un "tombeau de Youssef" sur l'emplacement brûlé, il faut lutter contre toute "récupération" d'une pensée toujours inspirante!

La revue improbable
N°32, septembre 2004