Heidegger: la part maudite
Alain Suied

L'une des motivations les plus urgentes de l'idéologie Heideggerienne, n'est-ce pas de nier LA PART JUIVE de la Culture occidentale?
Le "retour à l'Etre", le rejet de l'étant, n'est-ce pas une fuite devant le Réel et une forme de "sublirnation" qui incarnent un refus viscéral de l'approche hébraïque du vivant, porteur de lumière divine, en ses moindres manifestations, mouvement vers la réalité et non vers l'idéalisation aveugle?

Certains critiquent l'attitude du philosophe de "Etre et Temps" durant la deuxième guerre mondiale, d'autres son incapacité à évoquer l'Holocauste mais ne faut-il pas remonter jusqu'à la source de ses cruels comportements?
Et on quoi cette source devrait-elle être différente des motivations psycho-sociales de la petite bourgeoisie allemande (ou autrichienne) nées de la haine antisémite et de ce terrible "ressentiment" envers un "bouc-émissaire" arbitrairement désigné : l'intelligentsia aisée juive et chrétienne...
Mais cette source - dans la pensée Heideggerienne - grossit du rejet de l'apport de la pensée juive - de la Bible à Husserl, son maître mal-traité à la pensée occidentale - du Nouveau Testament aux "Lumieres" - un apport qui rappelle douloureusement la dimension éthique à une pensée a-sociale, a-humaine, tournée vers la forme la plus archaïque, la plus totalitaire d'un Etre soudain chargé d'accomplir la fusion narcissique avec la Mère Primitive, fusion rêvée par le Romantisme Allemand.
Nier la PART JUIVE de l'aventure spirituelle occidentale, c'est nier le Père, se situer dans la seule lignée grecque et chrétienne admise par le philosophe: celle d'un
néo-platonnisme réactionnaire et partiel, adapté aux idées - à l'idéologie idéaliste - et aux motivations d'une penseur et d'un critique de notre temps qui ne sut pas haïr sa haine, penser les raisons de sa pensée.
Et que notre temps de régression et de conventions a longtemps reconnu, même après la défaite de ses amis en 1945.

La revue improbable
N°32, septembre 2004