Le pont de l'effroi
Edwin Muir
traduit de l'anglais par ALAIN SUIED

Mais lorsque tu atteindras le Pont de l'Effroi
Ta chair se recroquevillera dans son nid

Cherchant un refuge et ta tête nue
Rampera jusqu'au creux de ta poitrine,

Et ta grande masse mincira, rapetissera
Et se blottira dans sa cage d'os,
Tandis qu'effaré tu verras tes pas
Devenir bonds de crapaud sur les pierres.

Si elles surviennent, tu ne sentiras pas
Les couleuvres se glisser entre tes pieds,
Car la roue de la Folie de ta tête
Tournera sur ton cou sans fin.

Chercher le danger.ll n'y a rien ici.
Et pourtant ta respiration sifflera,cognera
Tandis que tu forceras dans l'air stagnant
Qui se brise en ondes à tes pieds

Comme de la mousse sale.
Si alors doit Surgir un effroi physique en ce lieu,
Grands serpents noués,horribles et muets
Tu l'accepteras comme une grâce.

Jusqu'à ce que tu aperçoives un fil brûlant
Jaillissant de la terre Alors dans un rêve
Tu t'émerveilleras de cette fleur de feu,

De cette herbe prise dans un rayon ardent.

Et tu es passé.Souviens-toi alors
Fixe profondément dans ta tête rêveuse
L'année, l'heure ou l'instant éternel où
Tu as atteint et franchi le pont de l'Effroi.

La revue improbable
N°32, septembre 2004